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Arménie, Ukraine: indignation à géométrie variable

On ne peut que noter la différence de traitement médiatique et politique entre la guerre en Ukraine et la guerre en Arménie: indifférence dans un cas, indignation généralisée dans l’autre…

L’Azerbaïdjan déclenche le 27 septembre 2020 plusieurs assauts terrestres d’envergure contre l’Arménie. L’armée azerbaïdjanaise, appuyée par la Turquie et avec le renfort de mercenaires syriens, lance une vaste offensive qui écrase les défenses arméniennes, causant un bilan humain vertigineux. Si les chiffres officiels font état de 4 000 morts côté arménien, d’autres sources avisées citent des nombres bien plus élevés. Il y aurait plus de 2 000 disparus. À ces derniers viennent s’ajouter 13 000 blessés et invalides.

En comparaison la guerre actuelle Russie Ukraine selon la Mission de surveillance des droits humains en Ukraine (HRMMU) fait état de 752 victimes dans la population civile depuis le 24 février, dont 525 blessés et 227 morts (publié le 2 mars). Il est très difficile de connaître le nombre de décès parmi les militaires.

Pourquoi ce parti-pris des médias ?

La question qui se pose est : pourquoi les médias se sont-ils massivement engagés pour couvrir la guerre en Ukraine et sont à contrario quasiment absents en ce qui concerne la guerre en Arménie.

La différence est non seulement quantitative mais qualitative. Dans le cas de la guerre Ukraine/Russie, cette dernière est considérée comme coupable et l’ensemble des médias et politiques des pays de l’OTAN la condamne de façon unanime et sans réserves. Les sanctions sont massives. La situation sur le terrain est cependant assez complexe, les populations plutôt russophones à l’est de l’Ukraine subissent en effet une persécution depuis des années (guerre du Donbass).

Deux poids, deux mesures

En ce qui concerne la guerre en Arménie, j’ai cherché en vain dans les grands médias : pas de condamnation ni d’indignation.  Libération titre : Guerre dans le Haut-Karabakh : l’Azerbaïdjan dit agir en accord avec le droit international… les articles sont très policés, certains relativisent ou justifient cette invasion avec des arguties historiques.

Quant aux sanctions…C’est simple, il n’y en a pas. Pourtant c’est bien la Turquie qui a armé le bras de l’Azerbaïdjan, la même Turquie responsable du génocide arménien de 1905. La population qui vit (vivait) dans le Haut-Karabakh est bien arménienne (quasiment 100%) et les témoignages culturels, églises, monuments témoignent d’une présence arménienne de longue date.

Comment comprendre cette mollesse de l’occident ? Peut être parce que l’Arménie n’était pas candidate pour intégrer l’OTAN ou plus cyniquement parce que ce pays ne dispose pas de richesses particulières ou présente moins d’intérêts sur le plan stratégique.  

La France totalement absente

C’est finalement la Russie qui met le holà à cette guerre mais les conséquences pour l’Arménie sont catastrophiques : elle a perdu une grande partie de son territoire, avec des déplacements massifs de population. Elle se trouve dans une position désormais très vulnérable, petit pays de culture chrétienne, fragilisé, entre des voisins hostiles et plus puissants.

La France si prompte à défendre le respect du droit international et l’auto détermination des peuples a été totalement absente du conflit en Arménie, alors même qu’il y a une forte diaspora arménienne sur notre territoire.

Si on cherche sur Google en français « guerre Arménie » on trouve environ 4 38 000 résultats, et pour la guerre Russie Ukraine, environ 105 000 000 résultats soit 25 fois plus d’occurrences. Cette indignation à géométrie variable révèle la puissance des médias pour orienter les opinions des masses. Plus que jamais nous devons apprendre à penser par nous même et ne pas suivre les chants des sirènes médiatiques.

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